Le comité d’entreprise AXA : fonctionnement, rôle et impact sur la vie des collaborateurs

Au sein du groupe AXA, l’une des plus grandes compagnies d’assurance au monde, le comité d’entreprise joue un rôle fondamental dans l’équilibre des relations sociales. Cette instance représentative constitue un véritable pont entre les salariés et la direction, tout en orchestrant de nombreuses activités qui rythment la vie professionnelle des collaborateurs. Avec plus de 160 000 employés à travers le monde, dont près de 25 000 en France, le groupe AXA a développé un modèle spécifique de représentation du personnel, adapté à sa taille et à ses enjeux. Décryptons ensemble les rouages de cette institution, son organisation particulière, ses prérogatives et son influence sur le quotidien des équipes.

Historique et cadre juridique du comité d’entreprise chez AXA

L’histoire du comité d’entreprise chez AXA s’inscrit dans une longue tradition de dialogue social. Créé initialement sous le nom de comité d’établissement au sein de la Compagnie d’Assurance Mutuelle, ancêtre d’AXA, cette instance a connu de nombreuses mutations au fil des fusions et acquisitions qui ont façonné le groupe que nous connaissons aujourd’hui.

En 1985, avec la création officielle de la marque AXA, le comité d’entreprise a pris une nouvelle dimension. La transformation du groupe en multinationale a nécessité une adaptation constante des structures représentatives du personnel. L’évolution s’est poursuivie avec la mise en place en 1994 d’un comité de groupe européen, puis mondial, permettant une représentation à tous les échelons de l’organisation.

Du point de vue juridique, le comité d’entreprise chez AXA France s’appuie sur les dispositions du Code du travail, tout en les enrichissant par des accords d’entreprise spécifiques. Après la réforme des instances représentatives du personnel introduite par les ordonnances Macron de 2017, AXA a opté pour la mise en place du Comité Social et Économique (CSE) dès 2019, fusionnant ainsi les anciennes instances (CE, CHSCT, délégués du personnel).

Cette transition vers le CSE s’est accompagnée de négociations approfondies avec les organisations syndicales présentes dans l’entreprise : CFDT, CGT, CFE-CGC, FO et UNSA. Un accord spécifique a été signé en 2018, définissant précisément le périmètre d’action, les moyens et les prérogatives de cette nouvelle instance. Cet accord prévoit notamment le maintien de certaines spécificités héritées de l’ancien comité d’entreprise, garantissant ainsi une continuité dans l’exercice du dialogue social.

Le cadre juridique du CSE chez AXA se caractérise par:

  • Une structure à plusieurs niveaux, avec des CSE d’établissement et un CSE central
  • Des commissions spécialisées plus nombreuses que le minimum légal
  • Un volume d’heures de délégation supérieur aux dispositions légales
  • Des moyens matériels et financiers conséquents
  • Une formation renforcée pour les élus

Cette architecture complexe reflète la volonté d’AXA de maintenir un dialogue social de qualité, considéré comme un levier de performance et d’innovation sociale. Elle témoigne de la place accordée à la représentation du personnel dans la gouvernance du groupe, conformément aux valeurs promues par l’entreprise.

Organisation et structure du CSE au sein du groupe AXA

La structure du CSE chez AXA reflète la complexité organisationnelle du groupe. Loin d’être monolithique, elle s’articule autour de plusieurs instances complémentaires, formant un maillage représentatif adapté aux différentes entités et implantations géographiques.

Au sommet de cette architecture se trouve le CSE Central d’AXA France, composé de représentants élus issus des différents CSE d’établissement. Ce CSE Central compte 24 membres titulaires et autant de suppléants, répartis proportionnellement à l’influence des différentes organisations syndicales. Il est présidé par le Directeur des Ressources Humaines d’AXA France, assisté des principaux dirigeants concernés selon les sujets abordés. Le CSE Central se réunit mensuellement et traite des questions transversales concernant l’ensemble des entités françaises du groupe.

À l’échelon inférieur, on trouve les CSE d’établissement, qui correspondent aux principales filiales et directions opérationnelles : AXA France IARD, AXA France Vie, AXA Banque, AXA Investment Managers, etc. Chaque CSE d’établissement compte entre 15 et 25 membres titulaires selon la taille de l’entité concernée. Ces instances traitent des questions spécifiques à leur périmètre et disposent d’une autonomie budgétaire pour les activités sociales et culturelles.

Pour traiter efficacement les sujets complexes, le CSE chez AXA s’appuie sur un réseau de commissions spécialisées:

  • La Commission Économique, chargée d’analyser les documents financiers et stratégiques
  • La Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT), qui a repris les attributions de l’ancien CHSCT
  • La Commission Formation, qui examine la politique de développement des compétences
  • La Commission Égalité Professionnelle, veillant à l’équité entre femmes et hommes
  • La Commission Logement, facilitant l’accès des salariés à des solutions d’habitat
  • La Commission Activités Sociales et Culturelles, gérant les prestations proposées aux salariés
  • La Commission Transformation Digitale, spécificité d’AXA pour accompagner la mutation technologique

Cette organisation s’enrichit d’une dimension internationale avec le Comité Européen d’AXA, créé en 1996, qui réunit des représentants des salariés de tous les pays européens où le groupe est implanté. Ce comité est consulté sur les orientations stratégiques transnationales et favorise le partage des bonnes pratiques sociales entre pays.

Pour assurer le bon fonctionnement de ces instances, AXA met à disposition des moyens conséquents. Chaque élu titulaire dispose d’un crédit d’heures mensuel (entre 24 et 35 heures selon les responsabilités), de locaux équipés, d’un budget de fonctionnement (0,2% de la masse salariale) et d’un budget dédié aux activités sociales et culturelles (1,6% de la masse salariale). Des formations régulières sont organisées pour permettre aux élus de maîtriser les aspects juridiques, économiques et sociaux de leur mandat.

Cette organisation complexe mais cohérente permet au CSE d’exercer pleinement ses missions, en combinant vision globale et prise en compte des spécificités locales, dans un groupe caractérisé par la diversité de ses métiers et de ses implantations.

Le processus électoral et la représentativité syndicale

Le renouvellement des instances représentatives chez AXA suit un calendrier électoral précis, avec des élections organisées tous les quatre ans. La dernière en date s’est tenue en novembre 2022, mobilisant plus de 22 000 électeurs à travers toutes les entités françaises du groupe. Le processus électoral est digitalisé depuis 2018, avec un vote électronique qui a permis d’atteindre un taux de participation de 72%, supérieur à la moyenne nationale pour ce type d’élections.

Attributions économiques et sociales du CSE chez AXA

Le CSE d’AXA exerce ses prérogatives dans deux domaines principaux : les attributions économiques et professionnelles d’une part, et la gestion des activités sociales et culturelles d’autre part. Cette dualité de missions caractérise l’instance et lui confère un rôle central dans la vie de l’entreprise.

Sur le plan économique, le CSE dispose d’un droit d’information et de consultation sur toutes les décisions majeures concernant la marche générale de l’entreprise. Chez AXA, ces consultations sont particulièrement structurées et approfondies, dépassant souvent les exigences légales minimales. Les élus sont ainsi consultés sur:

  • La stratégie du groupe et ses orientations à moyen terme
  • La situation économique et financière de l’entreprise, avec une analyse détaillée des résultats trimestriels
  • La politique sociale, les conditions de travail et l’emploi
  • Les projets de réorganisation ou de transformation des métiers
  • L’introduction de nouvelles technologies et leurs impacts sur les conditions de travail
  • La formation professionnelle et la gestion prévisionnelle des emplois et compétences

Pour exercer ces attributions en toute connaissance de cause, le CSE d’AXA bénéficie d’un accès privilégié à la Base de Données Économiques, Sociales et Environnementales (BDESE), plateforme numérique regroupant l’ensemble des informations nécessaires à la compréhension des enjeux de l’entreprise. Cette base de données est actualisée régulièrement et comprend des informations sur les deux années précédentes et des projections pour les trois années à venir.

Le CSE peut en outre recourir à des experts indépendants pour l’assister dans l’analyse des documents et projets complexes. Chez AXA, ces expertises sont fréquemment mobilisées, notamment pour évaluer l’impact des projets de transformation digitale ou de réorganisation. Le groupe a signé en 2020 un accord spécifique concernant le recours à l’expertise, précisant les modalités de désignation et de prise en charge financière de ces interventions extérieures.

Dans son rôle d’instance de dialogue, le CSE d’AXA participe activement à la négociation de nombreux accords d’entreprise. Les élus sont associés, aux côtés des délégués syndicaux, à l’élaboration d’accords sur des thématiques variées : télétravail, égalité professionnelle, qualité de vie au travail, gestion des fins de carrière, etc. Cette implication dans le processus de négociation collective constitue une spécificité du modèle social d’AXA, où le CSE n’est pas cantonné à un simple rôle consultatif.

En matière de santé et sécurité, le CSE exerce les prérogatives autrefois dévolues au CHSCT, avec une attention particulière portée aux risques psychosociaux dans un secteur en pleine transformation. La Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail (CSSCT) réalise des visites régulières sur les différents sites, analyse les accidents du travail et maladies professionnelles, et contribue à l’élaboration du Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels. En 2021, cette commission a été particulièrement mobilisée pour adapter les conditions de travail au contexte pandémique et accompagner le déploiement massif du télétravail.

L’influence du CSE s’étend à la gouvernance même d’AXA France, puisque deux représentants du personnel siègent au Conseil d’Administration avec voix délibérative. Cette représentation au plus haut niveau décisionnel permet de faire entendre la voix des salariés sur les orientations stratégiques du groupe et constitue un marqueur fort de la culture de dialogue social promue par l’entreprise.

Le rôle du CSE dans la transformation digitale d’AXA

Face aux mutations profondes du secteur de l’assurance, AXA a créé au sein de son CSE une commission spécifique dédiée à la transformation digitale. Cette instance, composée d’élus formés aux enjeux numériques, évalue l’impact des projets technologiques sur les métiers et les conditions de travail. Elle a notamment contribué à l’élaboration d’une charte sur l’intelligence artificielle responsable, garantissant que les innovations technologiques s’accompagnent de garanties pour les salariés.

La gestion des activités sociales et culturelles : un modèle distinctif

La gestion des activités sociales et culturelles (ASC) constitue un axe majeur de l’action du CSE chez AXA. Avec un budget annuel d’environ 25 millions d’euros, représentant 1,6% de la masse salariale, cette dimension du comité impacte directement le quotidien des collaborateurs et contribue significativement à la marque employeur du groupe.

La particularité du modèle AXA réside dans l’équilibre trouvé entre centralisation et décentralisation de la gestion des ASC. Une part du budget (environ 60%) est gérée au niveau du CSE Central, permettant de proposer des prestations homogènes à tous les salariés, quelle que soit leur entité d’appartenance. L’autre part (environ 40%) est allouée aux CSE d’établissement, qui peuvent ainsi développer des offres adaptées aux spécificités locales et aux attentes particulières de leurs populations.

L’offre d’activités sociales et culturelles chez AXA se caractérise par sa diversité et son accessibilité. Elle s’articule autour de plusieurs axes:

  • Les aides à la famille: participation aux frais de garde d’enfants, allocation de rentrée scolaire, soutien aux aidants familiaux
  • Les loisirs et la culture: billetterie à tarifs préférentiels, médiathèque, subventions pour les activités sportives et artistiques
  • Les vacances: locations saisonnières, voyages organisés, séjours pour enfants
  • La restauration: participation aux frais de repas, restaurants d’entreprise subventionnés
  • Les événements festifs: arbre de Noël, soirées thématiques, journées familiales
  • Les aides sociales: prêts à taux zéro, secours exceptionnels, accompagnement des situations difficiles

Pour rendre ces prestations accessibles à tous, le CSE d’AXA a développé une plateforme digitale dédiée, baptisée « AXAvantages« , permettant aux salariés de consulter l’offre et d’effectuer leurs demandes en ligne. Cette digitalisation, accélérée depuis 2019, a permis d’améliorer significativement le taux d’utilisation des prestations, qui atteint désormais 87% des salariés éligibles.

Une spécificité notable du modèle AXA est la modulation des aides en fonction des revenus. Contrairement à de nombreuses entreprises où les prestations du CSE sont identiques pour tous, AXA a mis en place un système de quotient familial qui permet d’ajuster le niveau de subvention selon la situation financière des familles. Ce principe de solidarité, instauré en 2015 après une large consultation des salariés, illustre la dimension sociale de l’action du comité.

Le CSE d’AXA se distingue par sa capacité à faire évoluer son offre en fonction des attentes des salariés et des transformations sociétales. Chaque année, une enquête de satisfaction est menée auprès des collaborateurs pour évaluer la pertinence des prestations proposées et identifier de nouveaux besoins. Cette démarche d’amélioration continue a permis d’intégrer récemment des prestations innovantes, comme:

  • Un service de conciergerie d’entreprise sur les principaux sites
  • Une plateforme de soutien psychologique accessible 24h/24
  • Des ateliers de parentalité et d’équilibre vie professionnelle/vie personnelle
  • Un dispositif d’aide à la mobilité durable (subvention pour l’achat de vélos électriques)
  • Des chèques services pour faciliter le recours aux aides à domicile

La gestion financière des activités sociales et culturelles fait l’objet d’un suivi rigoureux. Un commissaire aux comptes certifie annuellement les états financiers du CSE, et un rapport détaillé d’utilisation du budget est présenté chaque année aux salariés. Cette transparence contribue à la légitimité de l’instance et à la confiance que lui accordent les collaborateurs.

L’impact des activités sociales et culturelles dépasse le cadre du simple avantage matériel. Elles participent activement à la construction d’une culture d’entreprise partagée et au renforcement du sentiment d’appartenance. Les événements collectifs organisés par le CSE, comme la Journée Famille qui rassemble chaque année plus de 15 000 participants sur différents sites, constituent des moments fédérateurs qui contribuent à la cohésion des équipes.

Le CSE face à la crise sanitaire : adaptation et innovation

La pandémie de COVID-19 a constitué un défi majeur pour le CSE d’AXA, contraignant l’instance à réinventer ses modes d’action. Face à l’impossibilité d’organiser des événements physiques et à la généralisation du télétravail, le comité a développé une offre digitale innovante : concerts virtuels, cours de sport en ligne, ateliers culinaires à distance, etc. Un fonds de solidarité exceptionnel a été créé pour soutenir les salariés confrontés à des difficultés financières liées à la crise.

L’influence du CSE sur la stratégie sociale et la performance d’AXA

Au-delà de ses attributions formelles, le CSE exerce une influence significative sur la stratégie sociale d’AXA et contribue, directement et indirectement, à la performance globale du groupe. Cette dimension, moins visible mais fondamentale, mérite d’être analysée pour comprendre pleinement le rôle de cette instance dans l’écosystème de l’entreprise.

Le CSE agit d’abord comme un laboratoire d’innovation sociale. Par sa proximité avec les salariés et sa connaissance fine du terrain, il détecte précocement les attentes émergentes et les évolutions sociétales qui impactent le rapport au travail. Chez AXA, plusieurs avancées sociales majeures ont ainsi été initiées par des alertes ou propositions du CSE, avant d’être formalisées dans des accords d’entreprise:

  • Le télétravail régulier, expérimenté dès 2012 suite à une proposition du CSE, bien avant sa généralisation forcée par la crise sanitaire
  • Le droit à la déconnexion, intégré dans un accord en 2017 après que le CSE ait soulevé les risques liés à l’hyperconnexion
  • Le congé de parentalité étendu (16 semaines pour le second parent), mesure pionnière dans le secteur de l’assurance
  • Le dispositif de mécénat de compétences permettant aux salariés de consacrer du temps à des associations pendant leur temps de travail

Cette capacité d’innovation se traduit par un positionnement d’AXA parmi les entreprises les plus avancées en matière de politique sociale. Le groupe figure régulièrement dans les classements des meilleurs employeurs et a obtenu en 2022 la certification Top Employer pour la qualité de ses pratiques RH, une reconnaissance dans laquelle l’action du CSE joue un rôle non négligeable.

Le CSE contribue par ailleurs à la prévention des risques sociaux. En détectant précocement les tensions, en alertant sur les difficultés rencontrées par certaines équipes ou en accompagnant les transformations, l’instance participe à maintenir un climat social serein, condition nécessaire à la performance. Le taux de conflictualité sociale chez AXA France est significativement inférieur à la moyenne du secteur, avec seulement trois journées de grève au cours des cinq dernières années, illustrant l’efficacité du dialogue social institutionnel.

L’influence du CSE s’exerce de manière particulièrement visible lors des projets de transformation. Dans un secteur en pleine mutation comme l’assurance, confronté à la digitalisation, à l’émergence de nouveaux concurrents et à l’évolution des attentes clients, AXA a engagé plusieurs plans de transformation d’envergure. Le CSE joue alors un rôle déterminant dans l’acceptabilité sociale de ces changements:

  • En contribuant à l’amélioration des projets initiaux par ses avis et propositions
  • En négociant des mesures d’accompagnement adaptées pour les salariés impactés
  • En assurant un suivi dans la durée de la mise en œuvre des transformations
  • En facilitant la communication auprès des équipes et la compréhension des enjeux

Le projet « New AXA » lancé en 2020, visant à transformer profondément le modèle opérationnel du groupe, illustre parfaitement cette dynamique. Initialement perçu avec inquiétude par les salariés, ce plan a été significativement amendé suite aux consultations du CSE, avec notamment un renforcement des mesures de formation et un allongement du calendrier de déploiement. Ces ajustements ont permis une mise en œuvre plus fluide et une meilleure appropriation par les équipes.

Sur le plan de la performance économique, l’action du CSE génère des bénéfices tangibles mais difficiles à quantifier précisément. Une étude interne menée en 2021 par la Direction des Ressources Humaines d’AXA a néanmoins mis en évidence plusieurs corrélations intéressantes:

  • Les entités où le dialogue social est le plus développé présentent des taux d’engagement des salariés supérieurs de 12 points à la moyenne
  • Le turnover est inférieur de 3,5 points dans les services où le taux d’utilisation des prestations du CSE est le plus élevé
  • L’absentéisme de courte durée a diminué de 8% depuis la mise en place des dispositifs de prévention co-construits avec le CSE

Ces indicateurs suggèrent que l’investissement consenti pour le fonctionnement du CSE (budget des activités sociales, heures de délégation, expertises) génère un retour positif en termes de performance sociale et, par ricochet, économique.

Le CSE joue enfin un rôle significatif dans la politique RSE (Responsabilité Sociale d’Entreprise) d’AXA. L’instance a contribué à l’élaboration de la stratégie environnementale du groupe, notamment à travers la Commission Développement Durable créée en 2019. Cette commission a formulé des propositions concrètes pour réduire l’empreinte carbone des activités, dont certaines ont été intégrées au plan stratégique 2023-2025: généralisation des mobilités douces, réduction des déplacements professionnels, optimisation énergétique des bâtiments, etc.

Cette contribution à la stratégie RSE s’inscrit dans une vision élargie du rôle du CSE, qui dépasse les frontières traditionnelles du dialogue social pour embrasser l’ensemble des enjeux de l’entreprise. Cette approche holistique, encouragée par la direction d’AXA, fait du comité un acteur à part entière de la gouvernance de l’entreprise, au-delà de son rôle classique de contre-pouvoir ou d’organisme de services aux salariés.

Perspectives et défis pour le CSE d’AXA

Face aux mutations du monde du travail, le CSE d’AXA doit relever plusieurs défis pour maintenir sa pertinence et son efficacité. L’hybridation croissante des modes de travail, avec des équipes de plus en plus dispersées géographiquement, interroge les modalités traditionnelles de représentation du personnel et de maintien du lien collectif. L’évolution des attentes des nouvelles générations, plus individualisées et moins sensibles aux formes classiques d’action collective, constitue un autre enjeu majeur.

Le CSE d’AXA: un modèle de dialogue social pour demain?

L’analyse du fonctionnement du comité d’entreprise d’AXA, devenu CSE depuis la réforme de 2017, révèle un modèle de dialogue social élaboré, fruit d’une construction progressive et d’adaptations constantes aux évolutions de l’entreprise et de son environnement. Ce modèle présente des caractéristiques distinctives qui en font potentiellement une source d’inspiration pour d’autres organisations.

La première force du système AXA réside dans l’équilibre trouvé entre formalisme et pragmatisme. Si l’instance respecte scrupuleusement le cadre légal, elle ne s’y limite pas et développe des pratiques innovantes adaptées aux réalités du terrain. Cette souplesse permet d’éviter l’écueil d’un dialogue social ritualisé et déconnecté des préoccupations concrètes des salariés comme des enjeux business.

Un autre atout majeur tient à l’articulation réussie entre les différents niveaux de représentation: local, national, européen et mondial. Cette architecture complexe mais cohérente assure une prise en compte des spécificités de chaque entité tout en maintenant une vision d’ensemble et des principes communs. Elle permet de combiner proximité avec les salariés et vision stratégique globale.

La professionnalisation des élus constitue un facteur clé du succès du modèle. Chez AXA, les représentants du personnel bénéficient de formations approfondies leur permettant de maîtriser les aspects techniques, juridiques et économiques nécessaires à l’exercice de leur mandat. Cette montée en compétence favorise des échanges de qualité avec la direction et renforce la crédibilité de l’instance. Elle s’accompagne d’une attention particulière à la valorisation des parcours syndicaux, avec des dispositifs spécifiques pour reconnaître les compétences acquises pendant le mandat et faciliter le retour à des fonctions opérationnelles.

L’intégration du CSE dans les processus décisionnels de l’entreprise représente une autre caractéristique distinctive. Loin d’être cantonné à un rôle consultatif a posteriori, le comité est associé en amont aux réflexions stratégiques, ce qui lui permet d’influencer réellement les décisions. Cette approche préventive du dialogue social, privilégiant l’anticipation à la réparation, génère une dynamique collaborative propice à l’émergence de solutions innovantes et partagées.

Le modèle AXA se distingue par ailleurs par sa capacité à conjuguer défense des intérêts des salariés et contribution à la performance de l’entreprise. Dépassant l’opposition traditionnelle entre logique sociale et logique économique, le CSE s’inscrit dans une approche où la qualité du dialogue social est perçue comme un levier de compétitivité. Cette vision partagée par la direction et les représentants du personnel favorise la recherche de compromis équilibrés et durables.

La digitalisation constitue une autre dimension remarquable du fonctionnement du CSE chez AXA. L’instance a su intégrer les outils numériques pour moderniser ses pratiques: plateforme collaborative pour les élus, vote électronique, portail dédié aux activités sociales et culturelles, consultation digitale des salariés, etc. Cette transformation digitale, accélérée par la crise sanitaire, a permis de maintenir l’efficacité du dialogue social malgré la distanciation physique et d’atteindre plus facilement l’ensemble des collaborateurs.

Pour autant, le modèle n’est pas exempt de défis. Le CSE d’AXA doit faire face à plusieurs enjeux qui interrogent son évolution future:

  • La représentativité: comme dans de nombreuses entreprises, le renouvellement des générations d’élus constitue un défi majeur, avec des difficultés croissantes à susciter des vocations parmi les jeunes collaborateurs
  • L’adaptation aux nouvelles formes de travail: l’hybridation croissante des modes de travail questionne les modalités traditionnelles de représentation du personnel et nécessite de réinventer les pratiques
  • L’internationalisation: dans un groupe mondial comme AXA, l’articulation entre les instances nationales et les structures de représentation transnationales reste un sujet complexe
  • La simplification: la richesse du modèle s’accompagne d’une certaine complexité qui peut nuire à sa lisibilité pour les salariés et générer des lourdeurs administratives

Face à ces défis, le CSE d’AXA explore plusieurs pistes d’évolution. Un groupe de travail paritaire a été constitué en 2022 pour réfléchir au « dialogue social de demain » et formuler des propositions concrètes. Parmi les orientations envisagées figurent le renforcement de la participation directe des salariés via des consultations régulières, le développement d’un dialogue social plus décentralisé au niveau des équipes, et l’expérimentation de nouvelles formes de représentation adaptées aux modes de travail hybrides.

Le modèle AXA pourrait inspirer d’autres entreprises, particulièrement celles confrontées à des transformations profondes de leur environnement et de leur organisation. Néanmoins, sa transposition directe serait illusoire tant il est le produit d’une histoire spécifique et d’une culture d’entreprise particulière. C’est davantage dans ses principes fondamentaux – anticipation, professionnalisation, intégration stratégique, digitalisation, équilibre entre centralisation et décentralisation – que réside sa valeur exemplaire.

En définitive, l’expérience du CSE d’AXA démontre qu’un dialogue social ambitieux et innovant, dépassant le simple respect des obligations légales, peut constituer un atout compétitif dans un environnement économique exigeant. Elle illustre la possibilité de concilier performance économique et progrès social, à condition de considérer la représentation du personnel non comme une contrainte mais comme une opportunité de co-construction.

Dans un contexte où les relations sociales connaissent des mutations profondes sous l’effet des transformations du travail et des attentes des salariés, cette approche collaborative pourrait préfigurer les évolutions futures du dialogue social dans les grandes organisations. Le CSE d’AXA, loin d’être un modèle figé, apparaît ainsi comme un laboratoire vivant d’innovation sociale, constamment réinventé pour répondre aux défis contemporains du monde du travail.